Lors de notre premier passage à Beijing, avant de nous diriger vers Shanghai, nous n'avions guère eu le temps de visiter la ville. Nous revoilà donc début mars sur le quai de la gare centrale, avec la ferme intention de découvrir tout ce que recèle cette ancienne capitale impériale, qui a vu se succéder dynasties prestigieuses et leaders communistes, de nous laisser subjuguer par le spectacle de la Grande Muraille, ce gigantesque serpent de pierre meurtrier – des milliers d'ouvriers reposent dans ses entrailles – qui se perd dans la brume des collines environnantes...






Mais au moment de sortir de la gare, nous voilà forcés de faire un premier constat : Beijing se caractérise avant tout par sa surpopulation. Nous nous retrouvons en effet coincés dans un gigantesque embouteillage humain, qui s'étend sur plusieurs dizaines de mètres avant la sortie, où des employés vérifient un à un les titres de transport des milliers de passagers qui viennent de sortir de leur train. Une fois dans la rue, nous nous rendons compte que les difficultés ne viennent que de commencer : la queue pour les taxis est au moins aussi longue que celle que nous venons de surmonter, et sur la chaussée, les voitures sont littéralement paralysées au sein d'un bouchon qui n'en finit plus du fait de... la neige ! Car en plus d'être densément peuplée de personnes et de voitures, Beijing connaît un climat très rigoureux. Cependant, loin de languir passivement en attendant les prémisses du printemps, les habitants semblent avoir fait du froid un art de vivre. Pendant notre séjour, nous pourrons ainsi assister à la baignade de plusieurs Pékinois dans les lacs de la capitale, dont la surface glacée est préalablement brisée à cet effet.



Notre séjour nous dévoile bien vite que, loin de se reposer sur le prestige de son patrimoine historique, Beijing se projette constamment dans l'avenir... l'avenir le plus proche étant placé sous le signe des Jeux Olympiques de 2008, dont le slogan est plus qu'évocateur : 'One world, one dream'. Impossible de ne pas remarquer les cinq petites mascottes en forme de panda qui ornent d'ores et déjà les murs de toute la ville... En l'honneur de cette manifestation, les autorités ont décidé de modifier pas moins de 50% du tissu urbain, qui avait déjà été malmené pendant les années précédentes : la plupart des petites ruelles caractéristiques de la ville chinoise, les hutongs, ont été tout simplement rasées pour laisser la place à des immeubles de 30 étages... construits tellement vite qu'ils ne sont pas sensés durer plus de 15 ans. Qu'à cela ne tienne, le gouvernement en fera construire de nouveaux ! Certes, il est encore possible de trouver de petits hutongs peuplés de charmantes vieilles dames et de vendeurs de brochettes diverses en variées – fruits, poulpes, étoiles de mer... tout s'embroche à Beijing – mais la modernité finit toujours par y pointer son nez. Même les principales attractions touristiques de la région on été contaminées : en témoignent le controversé Starbucks en plein milieu de la Cité Interdite (également en travaux du fait des JO !) et les petits funiculaires sous forme de montagnes russes qui permettent d'accéder à la Grande Muraille de Chine.





Heureusement, il est encore possible d'échapper à cette frénésie ambiante grâce aux nombreux parcs et jardins impérieux de la ville, véritables oasis de paix au centre de la métropole. Entre pagodes isolées et promeneurs silencieux, on s'y laisse facilement gagner par un sentiment de sérénité et de fascination, et la grandeur mystique de l'ancienne Chine impériale s'y fait presque palpable. C'est également à l'écart de la foule impersonnelle qui emplit les rues qu'il nous sera donné de découvrir les qualités humaines exceptionnelles des Pékinois. Au travers de nos interviews, nous rencontrerons en effet des jeunes passionnés et généreux, désireux de nous faire découvrir leur pays et de connaître le nôtre. Et c'est probablement là le meilleur souvenir que nous garderons de Beijing !