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Que de choses n’avons-nous pas entendues sur la Russie pendant notre premier mois de voyage en Europe ! Commentaires extatiques sur les voyages en train, lamentations concernant la politique de prix –même la cuillerée de sucre dans le café est payante-, histoires d’amitiés fraternelles en Sibérie, souvenirs d’ivresses mémorables à base de vodka, mises en garde contre la corruption des policiers... de quoi nous laisser assez perplexes sur ce que nous allions trouver sur place. Tous nos interlocuteurs s’accordaient cependant à affirmer que Saint-Pétersbourg est sans aucun doute la plus européenne des villes russes. Nous voilà donc dans la cité d’adoption de Pushkin, le 28 décembre, convaincus qu’il s’agit là d’un excellent « sas de décompression » avant d’affronter la complexité de la culture et des coutumes slaves. Mais la vie est pleine de surprises...
Nous passons ainsi notre premier jour à chercher une auberge un peu moins austère que celle que nous avions réservée –sans succès- et à nous occuper de l’enregistrement de nos visas –formalité nécessaire et, bien évidemment, payante. Plus tard, nous aurons la chance d’avoir un contact encore plus rapproché et plus intense avec la bureaucratie russe puisqu’il nous faudra attendre sept jours, passer par quatre guichets, et solliciter l’aide de deux nos contacts russes et de deux agences de voyage pour obtenir tous les billets de train dont nous avons besoin pour sortir du pays avant que nos visas n’expirent.
Autre importante découverte de notre premier jour : dans cette ville si européenne qu’est Saint-Pétersbourg, personne ne semble parler anglais! Nombreux sont les passants et les commerçants prêts à se rendre utiles mais leurs longs monologues en russe ne se révèlent pas toujours d’une grande aide. Heureusement, nous avons tôt fait d’apercevoir quelques célèbres enseignes qui nous permettent de nous familiariser avec l’alphabet cyrillique et de commencer à lire les panneaux par nous-mêmes. La dernière surprise qui nous attend est sans doute la plus inattendue : qui aurait pu se douter du flot de touristes russes qui se déverse dans les rues de Saint-Pétersbourg pendant les fêtes, et rend les principaux lieux touristiques presque impossibles d’accès ? Convaincus que les températures hivernales russes auraient tenu à l’écart de la ville la plupart des touristes occidentaux, nous ne nous attendions certainement pas à trouver une file d’attente de sept heures devant l’Hermitage...
Heureusement, l’incroyable hospitalité des membres d’ONG de jeunesse que nous sommes venus interviewer nous aide à surmonter notre effarement initial, et à découvrir les nombreuses joies des fêtes russes : la Russie est en effet un des rares pays à célébrer deux Noëls –le Noël catholique et le Noël orthodoxe- et deux Nouvels Ans, en mémoire de l’ancien calendrier julien. Cependant, du fait de l’histoire chaotique de la nation et du rôle encore incertain de la religion dans la culture locale, les traditions ont subi un amalgame fascinant, axé autour du Nouvel An occidental : c’est donc à cette occasion que les Russes se déguisent en Père Noël et échangent des cadeaux ! Nous avons eu la chance de partager ce moment avec nos nouvelles connaissances, en finissant ainsi l’année avec le discours annuel de Putin à la télévision, avant de trinquer à minuit avec des verres de champagne où certains des convives avaient préalablement noyé des feuilles de papier en flamme contenant leurs souhaits pour l’année à venir...
Ce n’est qu’une fois à Moscou, quelques jours plus tard, qu’il nous est donné de comprendre en quoi réside le caractère si européen de Saint-Pétersbourg : l’architecture harmonieuse de la ville, ses canaux et ses ponts, les vendeurs de glace dans la rue (un peu surprenant en hiver)... La capitale russe balaye ces images dès le premier regard. A Moscou, tout se révèle plus imposant et énigmatique. Les innombrables et majestueuses cathédrales qui peuplent la ville jouxtent d’immenses bâtiments staliniens à l’architecture massive ; les rues fourmillent de policiers dès que l’on s’approche du centre ; et les escalators du métro donnent le vertige tant ils s’enfoncent profondément dans les entrailles de la ville.
D’ailleurs, une grande partie de la vie des habitants semble se dérouler sous terre : du fait du trafic indomptable de la capitale, où les voitures les plus luxueuses comme les plus décrépies crissent des pneus à chaque carrefour, il est impossible de traverser les principaux axes routiers en tant que piéton. De nombreux souterrains ont ainsi été construits, qui se sont peu à peu transformés en de véritables galeries marchandes que de minuscules boulangeries parfument de cannelle. Et il n’est pas rare de trouver des bars enfouis dans le sous-sol de pâtés de maisons anonymes, sans une enseigne pour en indiquer l’emplacement !
Moscou étant à la fois tout et son contraire, d’autres quartiers s’y révèlent bien plus criards. Les trottoirs de la Novy Arbat, illuminés par des néons multicolores, sont ainsi encombrés de maquettes de téléphones portables de taille humaine, alors que quelques mètres plus haut des publicités défilent sur des dizaines d’écrans géants, et des hauts parleurs emplissent la rue de musique pop ! Que dire enfin, de ce qui nous a semblé être sans l’ombre d’un doute la principale attraction de la ville : à quelques pas de la Place Rouge, sur une île baignée par le fleuve Moscou, se trouve la plus grosse fabrique de chocolat de tout le pays. C’est ainsi qu’au premier coup de vent, la capitale se remplit d’un parfum qui ferait fondre n’importe quel gourmand !
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J., 09/02/2007 16h21. |
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