« Premier goudron à droite... et maintenant tout droit jusqu'au rond point de l'hippopotame...première sortie... et au deuxième carré à gauche, juste après la pharmacie. Voilà nous y sommes ! » - Quelques heures à Bamako nous ont suffi pour comprendre que les noms des rues et des places, dûment fournis par notre guide touristique, ne nous seraient d'aucune utilité auprès des chauffeurs de taxi, ni même des habitants. Pour sillonner la ville, nous avons donc adopté la méthode et le jargon locaux, plus folkloriques certes, mais autrement plus efficaces !


Arrivés au Mali un lundi après-midi, nous devrons attendre deux semaines avant de pouvoir juger de la véracité des célèbres paroles d'Amadou et Mariam. Notre patience sera finalement récompensée : croyez-nous, « le dimanche à Bamako c'est [bien] le jour de mariage ». En cette journée si particulière, les quelques boulevards de la ville se couvrent de cortèges de voitures et de motos rivalisant de prouesses sonores, pour offrir aux passants un concert de klaxons inoubliable. Nos premiers jours dans la capitale malienne n'en seront pas moins dignes d'intérêt : des ruelles en terre rouge de la vieille ville, où les minibus surchargés se frayent un chemin entre pierres et bosses, aux avenues goudronnées de l'ACI 2000, peuplées de Mercedes scrupuleusement astiquées, nous découvrons une ville où modernité et tradition se côtoient de façon parfois troublante. Cependant, que ce soit devant une cabine téléphonique rudimentaire ou dans les bureaux d'une ONG, nous sommes invariablement invités à « causer » amicalement autour d'un thé vert ou à la menthe, aussi délicieux que chacun de nos interlocuteurs est aimable.



Au bout d'une semaine d'intenses rencontres, nous décidons de braver mousson et moustiques pour aller explorer le nord du pays le temps d'un long week-end, en quête d'un dernier soupçon de dépaysement et d'adrénaline avant le retour définitif en France. Notre escapade commence fatalement par un trajet de 11 heures dans un bus dont le confort précaire et la musique assourdissante sont amplement compensés par le charme éthéré des paysages qui défilent. De part et d'autre de la route, un entrelacs de terre rouge et d'herbe noyée de pluie s'étale à perte de vue, et les quelques arbres qui ponctuent cette étendue parfaitement lisse semblent redessiner de façon symétrique la géométrie des nuages cotonneux dont est parsemé l'azur du ciel... En dehors des quelques villages que nous traversons et où, le temps d'un court arrêt, nous sommes systématiquement pris en otage par des vendeurs de fruits confits et de gâteaux, rares sont les figures humaines qui peuplent ce monde primitif et désertique. Seules quelques femmes coiffées de seaux colorés et de fardeaux en tout genre s'aventurent le long de la route, leur démarche ondulée révélant souvent la tête d'un enfant enfouie entre les plis des cotonnades dont elles se drapent.



Au terme de notre traversée, c'est un tout autre spectacle qui nous attend. Haut lieu du tourisme au Mali, Mopti est une ville fourmillante qui regorge de petits marchés, de pirogues, de pinasses, ainsi que de guides âgés de 7 à 77 ans qui proposent -ou imposent- leurs services ! Heureusement, toute cette frénésie ambiante est tempérée par la calme beauté des eaux du fleuve Bani qui, serpentant entre villages de pêcheurs et campements touareg, viennent rejoindre le Niger,. Les intempéries et les engagements pris à Bamako nous empêcherons de poursuivre notre voyage plus au nord, vers les frontières du désert, pour percer les mystères de la ville mythique de Tombouctou. Cependant, le village de Djenné prendra le relai pour nous offrir le dépaysement tant attendu. Embarqués sur un minibus surchargé roulant joyeusement sur de cahoteuses routes en terre, il nous faudra traverser un bras de fleuve en bac et à pied (les pluies n'ayant pas été assez abondantes pour que le bac arrive jusqu'à la rive opposée !) pour rejoindre cette bourgade au charme indescriptible. Dominée par une mosquée féerique entièrement faite de boue, la ville semble s'éveiller d'un sommeil long et profond : ses petites ruelles, bordées de maisons en boue, ne sont peuplées que d'ânes, de charrettes et d'artisans munis d'instruments traditionnels, travaillant dans une atmosphère paisible et presque somnolente. Seul le marché qui s'y tient chaque lundi tempère cet anachronisme fascinant : à cette occasion les minibus et autre moyens de transport affluent pour déverser une foule grouillante de marchands, clients et touristes sur la place centrale, impatients d'acheter ou de vendre des épices, des colliers, des légumes, et même des gadgets.



C'est enfin à Ségou que nous clôturerons cette belle aventure, sur le chemin du retour : le Mali nous dira adieu en nous offrant un coucher de soleil mémorable sur le Niger, adouci par des nuages duvetés emplissant indistinctement ciel et eau. De quoi nous donner envie de revenir.