Avec ses boulevards bordés de verdure et ses cafés aux allures parisiennes (mais aux serveurs bien plus serviables), Casablanca nous apparaît à notre arrivée au Maroc comme un havre de paix et un concentré de modernité. Dommage que nos bagages aient décidé de faire escale un peu plus longtemps que nous à Dubaï : vêtus de nos habits indiens malmenés par le voyage, nous regrettons presque le chaos de Delhi, où nous arrivions à nous fondre plus facilement dans la masse.




C'est donc avec une certaine appréhension que nous allons dès le premier jour frapper à la porte de l'Heure Joyeuse, une des plus importantes et plus admirables ONG marocaines ayant accepté de nous accompagner dans notre projet. Fort heureusement, la directrice, et par la suite, nos autres contacts, arriveront à faire abstraction de notre piètre apparence pour se concentrer sur le contenu de nos interviews : nous passerons ainsi notre première semaine à faire la navette entre Rabat et Casablanca, à la rencontre d'associations de quartier tout comme de réseaux de jeunes au rayonnement international.



Enchantés par le dynamisme et l'accueil de tout ce petit monde, il nous apparaît vite impossible de quitter le pays sans avoir goûté aux merveilles historiques et naturelles qu'il recèle. Une dernière interview à Casablanca, et nous voilà à bord d'un bus en direction de Marrakech, encerclés de touristes estivaux munis de caméras et de jupettes jaune fluo. Ancienne capitale berbère, la 'ville rose' regorge de riads traditionnels aux frais patios intérieurs et de palais saadiens tapissés de riches mosaïques. L'essence du lieu, cependant, semble résider dans la ferveur étonnante qui anime la médina et plus particulièrement la place Jamaa Al Fna. Une fois la nuit tombée, celle-ci s'illumine de mille feux, et une foule d'habitants et de touristes s'y déverse sans relâche chaque soir, impatiente d'y applaudir musiciens, charmeurs de serpents ou humoristes au milieu des volutes de fumée. Un spectacle d'une intensité rare, une émeute pacifique qui se déchaîne au rythme de mélodies entraînantes... Pendant la journée, le fourmillement des souks prend le relais, offrant un mélange indescriptible de confusion, de couleurs, et d'odeurs, compressé dans d'étroites ruelles où tout l'artisanat marocain s'offre aux yeux émerveillés des touristes de tout bord.





Les sollicitations des vendeurs de babouches et la chaleur ambiante finiront malgré tout par nous convaincre de reprendre la route après deux jours, pour partir à la découverte des frontières du Sahara. Des paysages désertiques parsemés d'oliviers torsadés, d'ânes solitaires et de minarets immaculés nous accompagneront ainsi jusqu'à notre destination finale : Essaouira. Ce Saint Malo marocain, connu pour être le paradis des véliplanchistes et des artistes en quête d'inspiration, dissimule un patrimoine historique et culturel enivrant derrière ses jolies maisonnettes blanches. Successivement port carthaginois, romain et portugais, demeure de plusieurs sultans par la suite, Essaouira se situe aujourd'hui au confluent des cultures berbères, arabe, et gnaouas ! Et ce sont justement les Gnaouas, les descendants des esclaves noirs venus du Soudan, qui attirent chaque année des milliers de touristes dans la ville grâce à leur festival de musique célèbre dans le monde entier (et que nous avons réussi à rater de quelques jours...). Impossible de mettre les pieds à Essaouira, sans s'extasier également devant la beauté de sa plage balayée à longueur de journée par le 'taros'. Un vent puissant venu de la mer qui fait la joie des amateurs de planche et de kite surf, et parfois le malheur des routards comme nous désireux de déguster une salade les pieds dans le sable... Heureusement, plus que les feuilles de salade verte, ce sont les voiles colorées virevoltant dans la lumière rouge du soir qui resteront gravées dans notre esprit au terme de notre séjour !