Enfin installés dans les fauteuils étonnement étroits d'un boeing de Jet Airways, nous voilà en train de jeter quelques regards curieux autour de nous, afin de cerner nos compagnons de voyage. Dès le premier coup d'oeil, une évidence s'impose : nos aventures népalaises commencent ici, sur ce vol qui nous conduit de Delhi à Kathmandou. Jamais nous n'avions encore été encerclés d'une foule aussi hétérogène et exotique : au milieu de familles indiennes et népalaises aux saris multicolores, nous discernons un jeune moine bouddhiste aux baskets dernier cri, un sadhu pieds nus drapé de blanc, un musicien chinois muni de sa guitare électrique, ainsi qu'une Américaine aux jolies boucles blondes venue d'on ne sait où...




Une fois arrivés à destination, nous découvrons avec amusement que le mysticisme qui règne à Kathmandou est plus le fait des touristes qui y séjournent que de la ville en elle-même. Le Népal est certes l'unique pays au monde habité par trois déesses vivantes -de petites filles vivant recluses dans des temples, après avoir été choisies dès leur plus jeune âge pour incarner une déesse hindoue. Cependant, les rues de la capitale offrent aujourd'hui un spectacle bien moins fascinant que ne laisserait présager son emplacement historique, au carrefour de la route du sel et de la route de la soie. Pollution étouffante et bouchons interminables sont de mise, et les habitants, étonnement calmes et souriants, naviguent avec aisance entre voitures et boutiques aux allures relativement modernes. Le quartier routard de Thamel, en revanche, pullule d'une multitude de hippies new age, venus méditer ou développer leur potentiel artistique... Portés par l'atmosphère ambiante de notre guest house, nous passerons ainsi nos soirées à nous essayer aux bolas, aux djembés, et à quelques instruments tibétains !



En effet, si le Népal est teinté de couleurs moins vives que l'Inde, il n'en reste pas moins un pays fascinant, au confluent de la culture hindoue et de la culture tibétaine. La vallée de Kathmandou regorge ainsi de temples hindouistes médiévaux côtoyant des stupas bouddhistes, ces monuments dont les grands yeux peints semblent vous scruter au travers d'un nuage de drapeaux de prière. Un riche mélange qui se retrouve également dans l'artisanat local, les marchés, ou les restaurants : à Kathmandou, il est possible de déguster indifféremment du dal bath (riz aux lentilles), des currys végétariens ou des momos, ces 'raviolis' typiquement tibétains fourrés à la viande ou aux légumes.



Mais ce qui fait du Népal un pays si attachant, c'est avant tout l'hospitalité presque déstabilisante de ses habitants. Toutes les interviews que nous y avons réalisées se sont invariablement terminées par des dîners en famille, pendant lesquels nos hôtes nous ont regardé manger tout en essayant de nous offrir des cadeaux. Et impossible de les quitter à la fin du repas sans avoir promis de revenir au Népal pour passer davantage de temps en leur compagnie ! Avec un accueil si chaleureux, nous avons tôt fait d'oublier les désagréments de notre séjour. Du fait de la situation politique instable du pays et de son développement incertain, notre voyage a en effet été ponctué de coupures de courant quotidiennes et de grèves générales bihebdomadaires... tant et si bien que nous sommes restés bloqués deux jours au pied de l'Himalaya, à Nargakot, où nous étions allés pour admirer les montagnes au lever du soleil. Une excuse parfaite pour se décrasser les poumons loin des grandes villes, et respirer un grand bol d'air frais...