Si nous avions réussi à semer le doute au sein des souks marocains, les vendeurs nous y prenant respectivement pour une Espagnole et un Allemand, les enfants sénégalais, eux, ne se laisseront pas déstabiliser par notre apparence : dès notre arrivée à Dakar, nous nous voyons tout simplement affublés du joli petit surnom de 'Toubab' ('blanc'), qui nous suivra tout au long de notre séjour!



Un séjour qui commence de façon inhabituellement reposante, puisque pour une fois nous avons la chance d'être accueillis à l'aéroport par des amis travaillant sur place. Quelques minutes après être sortis de l'avion, nous voilà donc en train de savourer le confort et la chaleur d'un vrai foyer, en compagnie de plusieurs autres vacanciers en quête d'exotisme teinté de retrouvailles amicales. Ce n'est qu'une fois bien installés dans notre petite auberge espagnole, et dûment instruits par nos hôtes sur les coutumes locales, que nous nous aventurons à la découverte de la capitale sénégalaise. La ville, qui subit actuellement un boom immobilier du fait des flux migratoires en provenance des pays voisins, nous apparaît tout d'abord comme un vaste chantier. La plupart des axes routiers semblent avoir disparu au profit de gigantesques amas de terre rouge que les taxis et 'cars rapides' locaux, joliment peints de jaune et de bleu, traversent sans complexes. Les avenues restantes, en effet, sont constamment immobilisées par d'interminables embouteillages qui font la joie des vendeurs de recharges téléphoniques, poursuivant les voitures depuis le bas-côté... alors que ces nouvelles pistes artificielles restent elles bien plus fluides!





Nos premières rencontres nous apprennent rapidement qu'au pays de la 'Teranga' ('hospitalité' en wolof), la conversation est la clé de tout rapport humain. C'est donc à coups de 'bonjour', de 'ça va bien' et de 'na nga def' (salutation wolof) que nous nous frayerons un chemin dans la ville, pour y découvrir deux des plus importants cultes locaux... la mer et le sport ! Le port et les plages de Dakar, véritablement noires de monde (sans mauvais jeux de mots), grouillent d'un savant mélange de pirogues, de boubous multicolores et de vendeurs de bijoux qu'on se doit de regarder « pour le plaisir des yeux », le tout relevé d'un forte odeur de poisson salé. C'est également sur les plages que, recroquevillés dans une inhibition complexée, nous pourrons observer les entraînements quotidiens des jeunes Sénégalais. Au programme, pompes à répétition, jogging et sautillements en canard, sans oublier les impressionnants combats de lutte improvisés. Qu'ils soient âgés de 10 ou de 40 ans, les hommes et parfois même les femmes se prêtent joyeusement à cette pratique placée sous l'égide de 'Tyson', un lutteur sénégalais au surnom évocateur, qui a aujourd'hui acquis le statut de star nationale. Fort heureusement, d'autres coutumes locales nous sembleront par la suite plus accessibles. Nous pourrons exemple exercer notre endurance de gourmands en nous empiffrant de yassa poulet et de 'tiéboudienne' (riz accompagné de légumes et de poisson) et faire étalage de nos in-croy-ables talents de danseurs en esquissant quelques pas de 'mbalax' sur les rythmes entraînants de Youssou N' Dour. Et grâce aux ateliers de formation interactifs organisés par certains de nos jeunes contacts sénégalais, nous apprendrons même à faire du porte à porte pour vendre du chocolat en poudre...



Au bout de quelques jours de cette immersion intense, nous nous voyons officiellement promus par les habitants au rang de 'Séné-gaulois' : de quoi nous donner assez d'assurance pour nous lancer dans des excursions à destination de Saint Louis, l'ancienne capitale de l'empire colonial français, ou de l'Ile de Gorée. Triste symbole de la traite des esclaves, l'île est aujourd'hui devenue un véritable bijou historique et culturel, où les véhicules n'ont pas droit de cité. D'anciennes maisons coloniales rouges, vertes et ocre s'y succèdent harmonieusement le long d'étroites ruelles, encadrées par le bleu de la mer et le rose des bougainvillées...Le point culminant de l'île va jusqu'à offrir un superbe panorama de la ville de Dakar, que l'on peut admirer perchés sur des canons de la Seconde Guerre Mondiale. Pour finir, c'est dans l'aire marine protégée du delta du Siné-Saloum que notre émerveillement atteindra son comble. Au terme d'un long voyage en jeep sur de précaires pistes sableuses (notre dos s'en souvient encore), nous y découvrirons un véritable coin de paradis. Baignée d'un silence à couper au couteau, où seuls quelques cris de hyène résonnent occasionnellement, la région est tapissée de lagunes et de mangroves que l'on explore à bord de pirogues rudimentaires glissant doucement à la surface de l'eau, pour aller ensuite se coucher dans de petites huttes sorties tout droit d'un conte africain !