Parfois le hasard fait bien les choses. Lorsque nous étions en Estonie, nous avons eu vent par contacts interposés d'une organisation russe appelée Association of Young Leaders. Une des personnes que nous avons interviewées à Tallinn nous a mis en contact avec celle-ci et dès notre arrivée à Saint-Pétersbourg, quelques jours plus tard, nous sommes accueillis par Roman, un jeune homme de 22 ans plein de charme, Pétersbourgeois d'adoption mais originaire du nord du pays.
Comme nous arrivons au moment des fêtes de fin d'année, pas question de s'en tenir à des rencontres formelles, et lors de notre interview le 2 janvier, nous avons déjà appris à connaître Roman. En l'écoutant parler de son association et de ses activités, il nous est apparu aussi talentueux et motivé dans la vie associative et professionnelle que sympathique et généreux dans la vie privée. Et bien qu'il soit lui-même de moins en moins actif au sein de l'association, une grande fierté pour cette organisation à laquelle il a consacré sept années transparaît dans ses propos.
A l'origine, AYL est née d'une lettre envoyée des Etats-Unis par la Californian Association of Student Councils, CASC, au président américain Ronald Reagan et à son homologue russe Mikhaïl Gorbatchev, ayant pour but la création d'une société d'entente entre les USA et la Russie. AYL est fondée peu de temps après, en 1991, d'abord à Moscou puis à Mourmansk, Altaï, et Volgadansk. Dès 1994, au vu du développement de l'association et de son implantation dans un nombre croissant de villes, une structure inter régionale est crée. Ce bureau central, basé à Moscou, fait désormais office d'organisation ombrelle et est dirigé par un conseil d'administration, un président et un directeur général aidé d'une équipe de bénévoles. Le plus grand pouvoir décisionnel reste entre les mains de l'Assemblée Générale qui se réunit une fois par an et est composée de quatre membres de chaque organisation régionale.
Quelles sont donc les activités de cette Association de Jeunes Leaders ? Il s'agit avant tout d'une organisation à but éducatif. En effet, son activité principale consiste en l'organisation de séminaires et conférences sur le développement personnel, le leadership, le travail en équipe et la responsabilité sociale de chacun. Ainsi, les vingt à vingt-cinq membres de l'association de Saint-Pétersbourg, là où Roman a fait ses marques avant de passer à l'organisation centrale à Moscou, ont jusqu'à présent organisé divers événements auxquels quelque 2500 jeunes âgés de 15 à 24 ans ont pu participer. Au total, AYL compte environ 200 membres en Russie et près de 20000 personnes ont pu profiter de ses enseignements.

Les séminaires, organisés plusieurs fois par an et dont la durée peut varier de un à cinq jours, se déroulent souvent au sein d'établissements scolaires, à la demande de ceux-ci. Les sujets qui y sont abordés sont bien entendu adaptés au public : par exemple, ils peuvent être orientés vers le travail des Conseils d'étudiants. Quant au nombre de participants, il peut parfois atteindre les 250 jeunes ! Selon Roman, une des activités les plus appréciées lors de ces manifestations est le « Ropes Course » ou « cours de cordes ». Il s'agit d'un jeu d'aventure en plein air utilisant de l'équipement d'alpinisme, axé sur l'apprentissage du travail d'équipe. Le but pour les 50 à 60 participants de chaque session est d'acquérir de nouvelles compétences, un savoir-faire et un savoir-vivre qui leur permettront de modifier leur comportement et leurs habitudes. L'efficacité du « Ropes Course » réside dans la mise à l'épreuve à la fois émotionnelle et physique de chaque jeune, qui devra faire appel à ses ressources intellectuelles pour venir à bout des problèmes rencontrés. Lors de l'évaluation finale, les participants sont invités à faire un rapprochement entre les situations affrontées dans le jeu et celles de la vie réelle, et tirer ainsi d'importants enseignements de leur expérience.
La nouvelle stratégie adoptée par la Fédération Russe en termes de politique de jeunesse pourrait aider AYL à donner un nouvel élan à ses activités : en décembre 2006, le gouvernement a enfin établit le premier document officiel concernant ses actions en direction des jeunes, qui devrait en changer les priorités. Jusqu'à présent, les efforts du gouvernement étaient tout particulièrement tournées vers l'aide aux jeunes en difficulté. Dorénavant, il souhaite faire preuve d'une vision plus globale, en continuant bien sûr à soutenir les jeunes les plus démunis, mais en mettant également en oeuvre des programmes en faveur du reste de la jeunesse russe. Plus spécifiquement, il s'agit de favoriser l'intégration et la progression sociale des jeunes en les informant plus efficacement des possibilités qui leur sont offertes. Le gouvernement étant conscient du rôle que peuvent jouer les ONG de jeunesse dans l'accomplissement de cette nouvelle mission, AYL risque fort d'être sollicitée dans les années à venir!
Les projets futurs de l'organisation sont également placés sous le signe de l'international : d'ici cinq à dix ans, un rapprochement entre CASC, AYL en Russie, sa branche au Kazakhstan et l'université du Central Lancashire en Grande Bretagne pourrait voir le jour sous la forme d'un réseau qui s'appellerait « Global Youth Leadership ». Quant à Roman, il a la ferme intention de continuer à jongler entre AYL, son travail à l'université -où il enseigne les Relations Internationales-, et l'agence créative qu'il vient de fonder! Il semble lui-même appliquer à la lettre les paroles du Che qui illustrent selon lui la philosophie d'AYL : « Soyez réalistes : demandez l'impossible ! »
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