Hang Can

L’histoire de Hang Can, aujourd’hui âgée de 24 ans, débute comme celle de millions de jeunes filles chinoises. Née dans le Sichuan, elle y est élevée de façon assez conservatrice, avant de quitter sa ville natale en 2003, afin d’aller étudier le Management des Systèmes d’Information à Beijing. Mais ce déracinement marque un véritable tournant dans la vie de Hang : initialement timide et introvertie, parlant à peine l’anglais, elle décide de s’ouvrir au monde et aux autres.

C’est ainsi qu’elle participe, et ce dès sa première année, à des ateliers d’éducation sexuelle animés par des étudiants bénévoles : stupéfaite par leurs enseignements et séduite par leurs méthodes, elle décide immédiatement de devenir elle-même éducatrice. Sa motivation et son énergie font le reste : bien vite, elle est propulsée au poste de vice-présidente de l’association, puis appelée à travailler avec la CFPA (China Family Planning Association / Association Chinoise de Planning Familial), l’UNFPA (United Nations Population Fund / Fonds des Nations Unies pour La Population), devient la représentante de l’Asie du sud-est au sein de l’IPPF (International Planned Parenthood Federation / Fédération Internationale pour la Planification Familiale)...

Impressionnant nous direz-vous ? Attendez donc la suite... En 2004, Hang Can et ses camarades d’université sont invitées à une conférence internationale sur le Sida organisée à Bangkok. En préparant leur intervention, elles sont frappées par la situation qui se présente à elles : dans un pays aussi grand et peuplé que la Chine, la participation des jeunes et la santé en matière de reproduction représentent deux enjeux cruciaux. Pourquoi donc ne pas faire d’une pierre deux coups, en réunissant les jeunes des quatre coins de la Chine au sein d’une ONG d’éducation et de défense des droits sexuels et de reproduction : gérée par des jeunes et dédiée aux jeunes, une telle organisation donnerait aux nouvelles générations chinoises une plateforme pour défendre leur futur et faire valoir leurs idées auprès des institutions officielles et des ‘adultes’. Aussitôt dit, aussitôt fait : présenté à la conférence de Bangkok, le projet est immédiatement approuvé par les ONG participant à l’événement. Le China Youth Network voit ainsi le jour avec l’aide de l’IPPF, qui l’inclut dans son plan de financement quinquennal.

En à peine quatre ans, les activités de CYN ont pris des proportions considérables, couvrant tout le territoire national. Pour cela, l’organisation s’appuie sur deux réseaux différents. Tout d’abord, elle recrute des jeunes représentants pour chaque province au travers des centres créés par l’UNFPA pour ses propres activités -condition nécessaire au versement de l’aide financière des Nations Unies. Parallèlement, CYN a également intégré en son sein une quinzaine d’associations d’étudiants, appartenant à 12 universités réparties sur tout le territoire. Grâce à ce contact privilégié avec les milieux étudiants, CYN est désormais très bien introduite auprès des jeunes de tout le pays : bénévoles et projets affluent spontanément vers les différents centres, et le bureau de Beijing est à chaque fois plus que ravi de soutenir financièrement les initiatives de jeunes souhaitant intégrer le réseau.

Hang Can

La participation des jeunes est en effet une des conditions nécessaires à la réussite du projet principal de CYN : sensibiliser et éduquer les Chinois de 15 à 25 ans, et notamment les plus défavorisés, en matière de santé, de reproduction, et de contraception. Grâce à ses nombreux bénévoles, l’organisation parvient à donner des cours d’éducation sexuelle non seulement dans les écoles, mais aussi dans les villages de minorités ethniques, ainsi que dans des restaurants et sur des chantiers, où travaillent de nombreux jeunes issus des milieux ruraux. A cela il faut ajouter toutes sortes d’événements organisés par les membres de l’organisation, allant de la distribution de prospectus dans la rue à des spectacles de sensibilisation. Avant d’aller sur le terrain, tous les éducateurs de CYN reçoivent bien évidemment une formation auprès du bureau de Beijing, grâce à la participation de nombreux professionnel du secteur exerçant en Chine ou auprès des Nations Unies. Quant aux ressources financières des centres de province, elles sont allouées en fonction du dynamisme des membres travaillant sur place, au cours d’une réunion annuelle réunissant tous les représentants du réseau.

Mais les activités de CYN ne se limitent pas au domaine de l’éducation. En effet, le contexte politique et culturel chinois n’est pas favorable à l’établissement d’ONG, en particulier lorsqu’elles sont gérées par des jeunes. Même les fonds des Nations Unies transitent obligatoirement par le gouvernement ! De plus, selon Hang Can, la politique de jeunesse chinoise actuelle n’est pas en adéquation avec les besoins du pays, et son application est parfois discutable (on pourra citer par exemple les centres d’avortement construits juste à côté des services de gynécologie-obstétrie ...). Toutefois, la situation pourrait être sensiblement améliorée avec l’établissement d’un dialogue entre jeunes et adultes, qui permettrait au gouvernement de mieux appréhender les besoins des nouvelles générations. C’est pourquoi le bureau de CYN consacre une bonne partie de son temps à faire du lobbying auprès des institutions étatiques et des ONG internationales, pour mettre en place de réels partenariats.

Une première bataille a déjà été gagnée par les bénévoles, qui ont réussi à convaincre les membres du NPFPC (National Population and Family Planning Commission / Commission Nationale de la Population et du Planning Familial) : d’abord sceptiques au sujet des méthodes interactives et informelles de CYN, ceux-ci ont accepté d’assister à un des cours de l’organisation, qui les a littéralement conquis. Mais il reste encore à gagner le soutien des autres institutions ! A l’avenir, Hang Can envisage aussi d’autres évolutions du réseau. Tout d’abord, elle souhaiterait multiplier les sources de financement de l’organisation et augmenter le nombre d’associations membres indépendantes : du fait du développement exponentiel de la Chine, les fonds et la participation des Nations Unies vont inévitablement diminuer puis disparaître. Il est donc nécessaire de privilégier les solutions de développement plus durables, d’autant que les fondateurs de CYN rêvent d’étendre leurs activités à d’autres populations marginalisées : ils souhaiteraient en particulier travailler à l’intégration des travailleurs saisonniers, des drogués, des homosexuels, et des sidéens.

Il y a quatre ans, alors qu’elle venait d’arriver à Beijing, Hang Can découvrait grâce aux bénévoles de son université comment utiliser un préservatif. Que de chemin parcouru depuis... Bientôt diplômée, Hang a d’ores et déjà trouvé un travail au sein d’une grande entreprise de conseil : mais sa réussite professionnelle ne lui fera oublier ni ses origines, ni son engagement. Elle nous a confié que son travail en temps que bénévole lui a permis de grandir et de voyager de conférence en conférence : c’est désormais dans ce domaine que se trouvent ses racines. Ainsi, une fois qu’elle aura accumulé assez d’expérience, elle prévoit de se tourner à nouveau vers l’humanitaire, pour y appliquer des méthodes de gestion nouvelles et plus efficaces. Une histoire qui finira bien !

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