Toomas Roolaid

En Allemagne, en Pologne et en Lettonie, les Conseils de la Jeunesse nationaux nous avait largement aidés dans notre recherche de contacts et dans nos démarches d’interviews. Nous n’avions cependant jamais eu l’occasion d’en appréhender le fonctionnement, assez particulier : un Conseil de la Jeunesse, en effet, n’est pas une ONG à proprement parler, mais plutôt une interface entre les ONG de jeunesse du pays et les autorités nationales. C’est pourquoi, lorsque l’occasion s’est présentée, nous avons été ravis de nous entretenir avec Toomas, âgé de 25 ans, qui travaille depuis trois ans au sein de ENL, le Conseil National de la Jeunesse estonien.

ENL a été fondé en 2002 grâce aux efforts conjoints de 25 organisations de jeunes, et ce après deux premières tentatives infructueuses. En effet, du fait des changements politiques drastiques du début des années 90, il a fallu plusieurs années aux Estoniens pour apprendre à coopérer au sein d’un système démocratique, et donc pour développer associations non gouvernementales et structures associées. Malgré ces années d’attente, le résultat est désormais palpable : animé par des jeunes estoniens de moins de 25 ans, ENL compte aujourd’hui 40 ONG de jeunesse membres, et est candidat au Forum Européen de la Jeunesse. Sa raison d’être se décline en trois principales missions : participer à l’élaboration des politiques nationales concernant les jeunes, aider au développement des activités des ONG de jeunesse, et représenter officiellement la jeunesse estonienne à un niveau européen et international.

Afin de remplir sa première tâche, ENL travaille en étroite coopération avec le Ministère de l’Education estonien, qui finance une partie de ses activités. L’organisation suit et intervient dans l’élaboration des politiques de jeunesse du pays, tout en se faisant le porte-voix des jeunes par le biais de sondages au sein des établissements scolaires nationaux. Les efforts d’ENL dans ce domaine se concentrent autour quelques points précis. Le Conseil milite tout particulièrement pour la reconnaissance de l’éducation ‘non formelle’ ou extrascolaire dont bénéficient les jeunes engagés au sein de structures associatives : en plus de favoriser la participation des jeunes, une telle reconnaissance encouragerait le gouvernement à fournir un support structurel aux ONG de jeunesse du pays, et non de simple aides financières ponctuelles comme c’est le cas aujourd’hui. Un des projets que ENL souhaite mettre en œuvre concerne d’ailleurs la construction d’une ‘Maison des ONG de Jeunesse’, où celles-ci pourraient trouver équipements et documentation pour les aider dans leurs démarches.

Concernant l’accompagnement direct et le développement des ONG de jeunesse, ENL dispose pour l’instant d’un nombre d’outils limité : sa principale activité consiste en la diffusion de matériel pédagogique sur le montage et la gestion de projets. L’organisation souhaiterait cependant pouvoir fournir un véritable service de conseil aux structures associatives en partenariat avec des professionnels. Mais avant de pouvoir mettre en place un tel programme, ENL doit parvenir à surmonter sa principale faiblesse, à savoir l’absence d’une équipe permanente au sein de la structure. En effet, du fait de leurs activités professionnelles ou de leurs études, les bénévoles d’ENL parviennent difficilement à fournir un travail régulier, et le bureau doit donc être réélu chaque année... ce qui laisse un délai très court pour mener à terme des projets conséquents ! Par ailleurs, ENL aurait besoin de diversifier ses sources de revenu : actuellement, l’apport financier principal venant du Ministère de l’Education, le pouvoir de négociation des bénévoles vis-à-vis de l’Etat est quelque peu limité !

Les autres enjeux que l’organisation se doit d’affronter dans les années à venir concernent l’adhésion des ONG de Jeunesse russophones, aujourd’hui sous représentées au sein du Conseil, et le développement de ses activités dans les zones rurales du pays. En effet, en dehors des villes de Tallinn et de Tartu, les municipalités estoniennes ne disposent pas de ressources suffisantes pour soutenir le développement d’ONG de jeunesse locales... ce qui limite la participation des jeunes provinciaux ! Qu’à cela ne tienne : Toomas, qui travaille aujourd’hui au sein du European Pool of Trainers (groupe de formateurs européens) a fait de la recherche d’efficacité son nouveau cheval de bataille, en termes de temps, d’engagement, et de recherche de fonds... les résultats ne devraient donc pas tarder !

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