En Lettonie, la légende veut qu’une plante appelée « papardes » soit une source d’énergie sexuelle pour toute personne qui réussirait à en cueillir la fleur, qui éclot en été. Si les docteurs et les enseignants qui ont fondé Papardes Zieds en 1994 ont choisi ce nom (littéralement, fleur de papardes), c’est donc pour enfin démystifier le domaine de la sexualité dans le pays, victime de nombreux tabous pendant le régime stalinien.
Depuis sa création, dans le cadre de l’Organisation Internationale de Planning Familial, les champs d’action de l’ONG se résument en 5 A (en anglais) : Adolescence, Accès à l’information et aux soins, Avortement, ‘Aids’ (Sida) et ‘Advocacy’ (lobbying auprès des autorités). Papardes Zieds met ainsi en place des conférences, des formations pour les professeurs, et des distributions de matériel éducatif autour de ces problématiques, afin de lutter pour le respect des droits sexuels et de reproduction dans le pays. Le but ultime de ses membres serait de parvenir à créer des centres médicaux anonymes, gratuits et réservés aux jeunes, où ceux-ci pourraient avoir accès à tout type de soins et à un accompagnement psychologique sans l’autorisation de leurs parents ou de leur médecin de famille... Et le travail de lobbying auprès de l’Etat a déjà commencé, tant et si bien que des services de psychologie sont déjà disponibles dans la capitale.
La raison pour laquelle nous nous sommes penchés sur cette ONG, cependant, ne réside pas dans ces activités, mais dans une des structures qu’elle abrite, appelée ‘Papardes Zieds Youth Group’. Créé conjointement à Papardes Zieds, ce groupe de jeunes de 14 à 25 ans gère de façon autonome ses propres activités dans le domaine des droits sexuels et de reproduction. Il serait d’ailleurs plus judicieux de parler de deux groupes distincts : depuis 2005, il existe un ‘Youth Group’ constitué de bénévoles lettons, qui compte une cinquantaine de membres, et un autre constitué d’une vingtaine de bénévoles russes. Les minorités russes, en effet, sont nombreuses dans le pays, tout comme les barrières culturelles et linguistiques qui les séparent du reste de la population : elles sont par conséquent plus susceptibles d’accepter les gestes et discours venant de leurs pairs, et l’ONG de jeunesse s’est pliée à cette contrainte pour ne pas les exclure du champs de ses actions.
Bien qu’officiellement indépendant, le Youth Group reste cependant lié à Papardes Zieds par le biais d’un ‘coordinateur’, un des salariés de l’ONG qui suit les activités du groupe afin de les aider dans leurs démarches, et de leur fournir du matériel didactique. En contrepartie, deux des six responsables de l’ONG de jeunesse siègent dans le conseil de Papardes Zieds, et peuvent ainsi à leur tour intervenir dans les décisions qui y sont prises. Afin de mieux comprendre le fonctionnement du Papardes Zieds Youth Group, nous avons donc rencontré l’actuelle coordinatrice, Dace, et un des membres actifs du groupe letton, Jānis.
Aujourd’hui âgée de 20 ans, Dace travaille à mi-temps pour Papardes Zieds tout en étudiant les Sciences de la Communication à l’université. Son engagement date de 2002, l’année où elle a commencé à travailler en tant que bénévole au sein du Youth Group. Petit à petit, elle a gravi les échelons, jusqu’à devenir une des représentantes du groupe au sein du conseil de Papardes Zieds. Et en 2006, lorsque le moment est venu de choisir un emploi pour payer ses études, elle s’est donc tout naturellement tournée vers l’ONG. Actuellement, elle s’occupe de l’encadrement des cours d’éducation sexuelle qui constituent la principale activité du Youth Group. En Lettonie, en effet, les lycées ne dispensent que des ‘cours sociaux’, où le choix des thèmes est laissé à la discrétion du professeur. A cela s’ajoute une désinformation générée par les médias : le traitement de la sexualité à la télévision ou sur Internet a sans aucun doute permis de lutter contre les tabous, en particulier en milieu urbain, mais les renseignements que les jeunes y puisent sont souvent inexacts. Dans ce cadre, les cours du Youth Group abordant des thèmes tels que la puberté, la contraception, les relations sexuelles et les MST se sont révélés particulièrement utiles... tant et si bien qu’aujourd’hui ce sont les lycées qui font spontanément appel à l’ONG de jeunesse, sans solliciter l’accord des parents.
Plusieurs sont les facteurs susceptibles d’expliquer ce succès. Tout d’abord, les membres du Youth Group doivent se soumettre à une formation très exigeante et à plusieurs examens avant d’être admis à enseigner. La méthode, également, est à retenir : les cours, d’une durée de 90 minutes, sont toujours très interactifs, mêlant jeux de rôles et travail de groupe. Mais la spécificité la plus marquante de ces leçons réside très certainement dans l’âge des ‘professeurs’, qui ne sont jamais plus vieux que les adolescents auprès desquels ils interviennent ! Et s’il est parfois difficile au début d’asseoir son autorité dans de telles conditions, Jānis, âgé de 17 ans, nous a assuré que les élèves s’aperçoivent vite de tout ce qu’ils ont à apprendre de lui, et se mettent à l’écouter avidement. De tels critères, cependant, présentent aussi quelques inconvénients : les membres du Papardes Zieds Youth Group étant pour la plupart des lycéens, leurs obligations scolaires limitent les créneaux horaires qu’ils peuvent dédier à leurs activités de bénévoles. Ainsi, pour l’instant, le groupe ne peut assurer qu’une centaine de cours par an à Riga, dont la municipalité finance l’ONG, et une trentaine dans le reste du pays. Le problème de la capacité se pose également pour les autres activités du groupe, comme la hotline par email. Créée en 1998 pour répondre anonymement aux questions des adolescents concernant la sexualité, elle a connu un succès inattendu, et les jeunes activistes reçoivent aujourd’hui plus de 20 mails par jour. Afin de répondre au mieux aux attentes des adolescents, ils font donc appel à des psychologues pour les questions les plus délicates, qui peuvent concerner des sujets aussi graves que le suicide.
Critiques et très consciencieux, les membres du Papardes Zieds Youth Group évaluent régulièrement le résultat de leurs actions pour améliorer leur travail. De nombreux projets sont donc à l’étude. L’ONG de jeunesse souhaiterait notamment travailler en collaboration plus étroite avec les jeunes lettons, pour alimenter son matériel pédagogique d’informations personnalisées. Ses membres espèrent également pouvoir dispenser plus de cours, notamment dans les zones rurales, et planifient de nouvelles formations pour les bénévoles concernant les grossesses, l’avortement, et les violences conjugales. Jānis travaille même à la construction d’un nouveau site Internet interactif pour le groupe, qui facilitera la communication entre les activistes. Beaucoup de travail en perspective, donc, mais avec la motivation de Jānis et de ses camarades, tout est possible : le rêve du jeune bénévole serait d’ailleurs de créer un portail d’éducation sur Internet pour le monde entier. Et qui voit grand, ira loin.
www.zieds.lv
www.papardeszieds.lv