Alors que des élections législatives se préparent pour mars 2007, la démocratie parlementaire estonienne est sur le point de fêter son 16e anniversaire. Le président actuel, M. Toomas Ilves, n’est autre qu’un ancien député européen et un ancien ministre des affaires étrangères : formé après l’indépendance, il incarne les aspirations des nouvelles générations n’ayant pas connu le régime communiste, résolument tournées vers un avenir européen.

Mais pour que cet avenir devienne réalité, nombreux sont les enjeux à relever. Malgré la croissance économique, les disparités au sein de la population continuent de s’accroître, en particulier entre la capitale et le reste du pays, majoritairement rural. Le manque d’infrastructures de transport a conduit à une situation routière aberrante, avec des bouchons permanents entre Tallinn et Tartu. Les emplois du secteur médico-social et de l’éducation, également, sont sous-payés : les médecins partent désormais travailler à l’étranger, laissant les files d’attente s’allonger dans les hôpitaux, et les professeurs, désabusés, se tournent vers les cours privés. La situation de l’enseignement est d’autant plus alarmante que certaines catégories de la population mériteraient un suivi particulier. Parmi celles-ci, la minorité Russe, qui représente plus de 30% de la population du pays, et dont la moitié ne parle pas Estonien ! Depuis la réforme de 2007, les établissements scolaires de langue russe sont dans l’obligation de proposer au moins 60% de leur cours en Estonien. Malheureusement, dans le cadre actuel, il est presque impossible de trouver des enseignants ayant les compétences et la motivation requises pour appliquer cette loi.

En pleine course électorale, les six partis siégeant au Parlement tentent aujourd’hui de proposer des solutions viables aux différents problèmes qu’affronte l’Estonie. Et dans ce brainstorming collectif, la jeunesse semble être plus qu’une cible à convaincre. En effet, tous les principaux partis estoniens possèdent désormais des ‘sections jeunes’, dont certaines ont des activités qui transcendent la politique. C’est le cas de Rahvaliidu Noored, une ONG de jeunesse qui a initialement vu le jour en tant que section jeunes du Parti de l’Union du Peuple, un parti de centre gauche qui appartient à la coalition du gouvernement actuel. Nous avons rencontré Jaan et Ulrika, respectivement membre et ancien membre de Rahvaliidu Noored, qui ont eu la gentillesse de nous recevoir à deux jours de Noël !

Jaan Urb

La création de Rahvaliidu Noored date de 2001, à peine deux ans après la constitution du PUP. Cependant, ce n’est qu’après les élections de 2003 que l’organisation atteint son statut définitif : en effet, lors de ces élections, les membres de la section jeunes du PUP ont l’occasion de participer activement à la rédaction de certains amendements, et parviennent ainsi à faire entendre leur voix indépendamment des positions du parti. Cette expérience les encourage donc à se doter d’une structure d’ONG indépendante, dans le but d’élargir leurs activités au-delà du champ de la politique, et d’acquérir une dimension européenne. Aujourd’hui Rahvaliidu Noored compte ainsi 4000 membres, dont seuls 50% sont liés au PUP, ce qui fait de l’organisation la plus grosse ONG de jeunesse du pays. Parmi ses membres, âgés de 17 à 25 ans, on trouve indifféremment des lycéens, des étudiants et des jeunes déjà engagés dans la vie active.

Rahvaliidu Noored possède plusieurs filiales en dehors de la capitale, ce qui lui permet de cibler les besoins spécifiques de chaque région dans le cadre d’actions locales. Toutefois, l’ONG conduit également plusieurs projets nationaux, dont la coordination à l’échelle du pays est assurée par Jaan, aujourd’hui âgé de 23 ans. Ces projets couvrent des domaines divers, allant de l’environnement à la cohésion sociale. Cela fait deux ans, par exemple, que Rahvaliidu Noored organise des journées de campagne intitulées ‘Le papier n’est pas un déchet’, dans le but de sensibiliser la population au recyclage, et d’attirer l’attention du gouvernement et d’autres ONG sur le sujet. Depuis la fin de l’ère soviétique, en effet, le recyclage est de moins en moins pratiqué, et le tri sélectif est loin d’être une habitude au sein de la population estonienne. En 2006, grâce cette manifestation, Rahvaliidu Noored a récolté pas moins de 1, 16 tonnes de papier usagé à travers le pays, preuve incontestable du succès de l’opération...

Ulrika Hurt

L’ONG s’est également associée à la ‘Fondation pour l’Intégration des Non-Estoniens’ dans le but d’aider à l’intégration des minorités dans le pays. Au programme : des jeux, des ateliers, des activités sportives et des cours réunissant jeunes Estoniens et jeunes Russes, pour leur apprendre à se connaître et à cohabiter de manière pacifique. Parmi les projets en cours de réalisation, on compte également ‘Tallinn sans ruines’, un concours photographique ayant pour sujet les vieux immeubles de la capitale, et qui vise à dénoncer auprès du gouvernement la vétusté de certains quartiers.

En résumé, la raison d’être de Rahvaliidu Noored est simple : permettre aux jeunes Estoniens qui souhaitent s’engager pour leur pays de fédérer leurs efforts autour de causes communes. Et la plupart de ces jeunes trouvent dans l’ONG un tremplin idéal pour transformer leur engagement en activité professionnelle : Jann, notamment, actif depuis 6 ans au sein de Rahvaliidu Noored , souhaite une fois ses études terminées œuvrer pour le développement des relations internationales en Estonie. Quant à Ulrika, elle vient de quitter l’ONG pour se dédier à temps plein à ses nouvelles activités au sein de European Movement Estonia (EMI): à 25 ans à peine, elle travaille déjà comme directrice de la filiale estonienne de European Movement International, organisation siégeant à Bruxelles. Après avoir milité pour l’adhésion du pays à l’UE jusqu’en 2003, EMI s’attache aujourd’hui à organiser séminaires, débats, conférences et animations scolaires afin que les étudiants comme les hommes politiques développent une réflexion européenne. Aujourd’hui en effet, l’UE est encore trop souvent synonyme d’aides financières et de voyages faciles dans les discours des Estoniens. Il est essentiel que la population appréhende enfin sa nouvelle identité européenne, sans écarter pour autant son identité nationale.

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