Orange, vert, jaune... les rayures qui ornent le sac et les collants de Charlot Ebert lors de notre rencontre sont aussi colorées et gaies que sa personne. Plus tard, en allant déjeuner chez elle, nous découvrirons que Charlot a même peint des rayures sur les murs de sa chambre ! La bonne humeur de cette jeune berlinoise de 19 ans n’a d’égal que son dynamisme. En effet, si nous avons été amenés à l’interviewer, c’est parce qu’elle travaille au siège central d’une des plus grosses ONG de jeunesse allemandes, appelée Servicestelle Jugendbeteiligung, ou SJB pour les intimes. A 16 ans, Charlot a décidé de partir en Afrique du Sud pour y passer une année scolaire au sein d’une famille africaine : ce voyage lui ayant ouvert les yeux sur la réalité sociale actuelle, elle a souhaité s’engager dans une ONG à son retour en Allemagne, afin d’être parti prenante du monde qui l’entoure. Aujourd’hui à l’université, elle jongle habilement entre l’étude des civilisations africaines et asiatiques et son travail au sein de SJB, qui occupe tout son temps libre. Mais en quoi cela consiste-t-il réellement ?
Servicestelle Jugendbeteiligung est née en 2001 en tant que projet pilote lancé par des hommes politiques désireux d’encourager les jeunes à participer à la vie du pays. Indépendante depuis 2004, l’organisation n’est pourtant en lien avec aucun parti. Au contraire, elle se veut un organe alternatif de représentation des jeunes : il s’agit pour elle de les aider à interagir avec leur environnement en leur fournissant des interlocuteurs de proximité, plus aptes à comprendre leurs intérêts et leur façon de penser.
Afin d’atteindre cet objectif ambitieux, Servicestelle Jugendbeteiligung s’est dotée d’un réseau national très ramifié. Le siège central où travaillent Charlot et une quinzaine d’autres personnes est un organe directeur, qui s’occupe de tisser de liens avec les autorités allemandes et de mettre en place des événements et des séminaires à l’échelle nationale. Parmi ceux-ci on compte par exemple un séminaire de trois jours organisé dans les écoles où chaque jour est dédié à une approche différente de l’environnement et de l’entourage des élèves : après une réflexion concernant les problèmes qu’ils rencontrent, ceux-ci sont invités à exprimer leurs rêves et enfin à chercher des solutions et des compromis concrets visant à améliorer les situations auxquelles ils sont confrontés.
Au-delà de cet organe central, il existe ensuite 32 centres régionaux dans tout le pays (dont 3 à Berlin) qui mènent des actions locales. Nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs membres d’un de ces comités, appelé WEP (Werkstatt für Engagement und Partizipation, Centre régional pour la participation des jeunes). Stefan, Grit, Laura, Tina et Matthias nous ont accueillis dans leurs bureaux hébergés par un centre social de Marzahn-Hellersdorf, une banlieue difficile de Berlin, et nous ont permis d’assister à une de leurs réunions hebdomadaires. WEP est une structure qui a été fondée en 2003 et dont le slogan est « par les jeunes et pour les jeunes » : le principal but de ses membres est en effet d’aider et d’accompagner les jeunes porteurs de projets à Marzahn-Hellersdorf, en leur fournissant des formations, des contacts, et du matériel. Afin de redonner un peu de vie au quartier, ils organisent également leurs propres évènements, tels que le Cooltourell, un « festival des cultures » qui offre chaque année trois jours d’ateliers et de spectacles dédiés à l’art et aux cultures étrangères. Aujourd’hui, WEP est une structure de référence pour les jeunes de Marzahn-Hellersdorf qui souhaitent changer leur quotidien : l’organisation est en effet également un relais local du programme Youth Bank, géré par Servicestelle Jugendbeteiligung et sponsorisé par deux fondations allemandes (la Deutsche Bank Stiftung et la Deutschen Kinder- und Jugendstiftung). Chaque année, WEP reçoit ainsi une dotation d’environ 1000 euros que ses membres se chargent de partager et d’attribuer à des projets de jeunes qu’ils ont préalablement sélectionnés.
Enfin, il est impossible de cerner les activités de Servicestelle Jugendbeteiligung sans parler de ceux qu’on appelle les infoscouts. Les infoscouts, aujourdhui au nombre de 1200, constituent le premier échelon de l’organisation. Il s’agit en général de jeunes âgés de 14 à 25 ans, déjà actifs au sein de projets étudiants, et qui souhaitent partager leur engagement avec les membres de leur génération. Grâce aux informations et aux formations qui leurs sont fournies par les centres régionaux et le siège central, ils se chargent de faire connaître l’ONG, d’informer leurs congénères sur les possibilités qui leurs sont offertes et de les guider dans la réalisation de leurs projets.
Face à une telle organisation, on ne peut qu’être impressionné ! Il ne nous reste donc plus qu’à souhaiter que le voeux de Charlot s’exauce, et que les autorités allemandes voient enfin les membres de SJB comme de véritables interlocuteurs et des experts dans le domaine de la jeunesse.