Dans les bureaux de YOAC

L'histoire de Youth Action Nepal débute en 2003, le jour où cinq étudiants de Katmandou, sensibles à la situation politique, économique et sociale vulnérable du Népal, décident de créer leur propre organisation de jeunesse. Leur but est non seulement de partager leurs connaissances, mais aussi de combler un vide dans les stratégies de développement des communautés : parmi les nombreuses ONG et associations locales népalaises, aucune ne semble s’intéresser spécifiquement à la participation active des jeunes comme levier de développement. Certes, le pays bénéficie d’une longue tradition d’engagement des jeunes dans la vie locale, par exemple à l’occasion de constructions de routes ou d’opérations d'entretien des écoles dans les villages ; mais en 2003, aucune ONG n’est encore présente sur le terrain pour coordonner ou fédérer ces initiatives, et en assurer la réussite.

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Arun Khadka, Pawan Roy et Bhawana Bhatta dans les bureaux de l'organisation à Katmandou. Respectivement secrétaire général, trésorier et membre du comité exécutif, ils nous ont fait un exposé passionnant sur l'histoire et les activités de l’ONG.

Arun Khadka

Au départ, du fait d’un manque flagrant de moyens financiers, les membres de Youth Action Nepal se consacrent courageusement à un travail de préparation, en concevant et étudiant nombre de projets. Quelques mois plus tard, la rencontre avec le responsable d'une ONG néo-zélandaise donne enfin de l’élan à leurs activités. Grâce à un petite apport financier des néo-zélandais, les jeunes activistes parviennent à obtenir un bureau... Un petit pas pour l’association, un grand pas pour la société népalaise : s’en suivent deux années de développement intense pour YOAC, qui organise plus de 25 rassemblements à travers le pays, réunissant plus de 1500 jeunes. A partir de 2005, une nouvelle étape est franchie : les aides financières extérieures et les partenariats internationaux se multiplient, et aujourd'hui l'organisation dispose d'un comité exécutif fort de 7 personnes travaillant à plein temps, avec le soutien de 35 membres. Les bureaux se trouvent toujours à Katmandou, mais Youth Action Nepal est désormais présente dans plus de 20 des 75 districts du pays. Grâce à ses représentants régionaux, l’ONG parvient ainsi à coordonner le travail de nombreuses organisations partenaires locales, et jouit d’une influence nationale.

Mais qu’en est-il, alors, des activités de Youth Action Nepal ? Loin de se cantonner à un seul et même domaine, l’organisation mène toujours plusieurs projets de front, et ce qu’il s’agisse de lutte pour le respect des Droits de l’Homme, du renforcement de la démocratie, ou de l’intégration des populations minoritaires et marginalisées. L’ONG s’est tout de même fixée quatre moyens d’actions principaux, sur lesquels se fonde l’engagement social de ses membres : la recherche, la formation, le lobbying, et la création de réseaux d’entraide. Parallèlement, au travers des conférences, séminaires et ateliers qu’elle organise à l’attention des jeunes népalais, Youth Action Nepal est en passe de s’établir comme porte-parole des nouvelles générations népalaises et de leur engagement.

Pawan Roy

Aujourd’hui, YOAC travaille en priorité dans le secteur de la santé et des droits sexuels et de reproduction, qui représente un enjeu colossal pour les jeunes népalais. Le manque d’information dans ce domaine, en effet, se fait gravement sentir, et le nombre de grossesses à risque et d’avortements effectués dans de mauvaises conditions est très préoccupant : dans certaines régions, seules 10 % des femmes enceintes ont la possibilité d’accoucher dans un hôpital. En partenariat avec CHOICE, une ONG de Jeunesse néerlandaise, Youth Action Nepal a donc organisé une quinzaine de formations à travers le pays pour ses associations partenaires, afin qu’à leur tour elles dispensent leur savoir au sein de leur région... Ce qui n'a pas manqué de porter ses fruits : marqués par les enseignements reçus, les participants ont fait preuve d’une motivation hors du commun. Nombre d’entre eux se rendent déjà dans des écoles pour y partager leurs connaissances et un projet d’éducation ‘peer to peer’ (éducation des pairs) est en train de voir le jour.

YOAC s’est également intéressée depuis plusieurs années à un autre enjeu majeur pour le pays : l'émigration massive des jeunes. En effet, il est estimé que sur les 6 millions de jeunes vivant au Népal, 1,2 million ont quitté leur pays pour travailler comme ouvriers à l'étranger, dans les pays du Golfe ou en Asie du Sud-est notamment. Ces émigrés, pour la plupart illettrés et originaires de petits villages, doivent affronter des conditions de vie particulièrement difficiles : travaillant souvent sur des chantiers peu (ou pas) sécurisés, ils sont exposés aux accidents, et souffrent en plus d’un manque d’intégration... sans parler de la barrière linguistique et culturelle. Dans la mesure où le Népal ne dispose presque jamais de représentations diplomatiques sur place, ces jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans personne vers qui se tourner en cas de difficultés ; et c’est pourquoi YOAC a décidé d’œuvrer pour l'information et la défense des droits des émigrés. Avec l'aide de journalistes, d'avocats ou encore de représentants du gouvernement, les membres de l’ONG organisent ainsi des ateliers dans les villages, pour informer les candidats potentiels au départ de la réalité à laquelle ils devront faire face.

Bhawana Bhatta

A ce jour, la plus importante manifestation de YOAC reste cependant le Nepal Youth Social Forum (Forum Social de la Jeunesse du Népal), qui s’est déroulé du 30 au 31 Décembre 2006. Ce grand rassemblement, conçu par Youth Action Nepal et réalisé en collaboration avec plus de 25 ONG de Jeunesse népalaises, était calqué sur le modèle du Forum Social Mondial. A l’image de celui-ci, le forum de YOAC a représenté un événement majeur pour le développement du volontariat au Népal. En réunissant près de 1400 participants, l’ONG a réalisé un rêve de longue date : les jeunes népalais n'ont que très rarement l'occasion de se rencontrer dans un cadre public pour discuter des problèmes socio-économiques qui affectent le pays. A travers de nombreux ateliers, des débats, du théâtre de rue et bien d'autres activités encore, nombre de sujets ont été abordés, allant de la structure future de l'état Népalais, au rôle du pays dans le contexte de la mondialisation, à la gestion des ressources naturelles ou encore au développement des technologies de l'information. Et toujours, bien entendu, du point de vu de la jeunesse. Grâce à cette plateforme formidable, les organisations présentes ont pu tisser des liens précieux et partager leurs expériences : une mise en pratique parfaite de la philosophie de travail des membres de YOAC, convaincus que seule la création de réseaux peut amener des changements au niveau national.

Ces dernières années, la politique de jeunesse de l’Etat a malheureusement été mise à l'ombre par les conflits armés et l’instabilité politique générale. Les jeunes représentant près du tiers de la population du Népal, les questions soulevées par l’ONG restent pourtant fondamentales pour l'avenir du pays : Youth Action Nepal souhaite donc faire en sorte qu'une politique de jeunesse soit incluse dans le travail de l'assemblée constituante, qui doit être élue en novembre 2007. On ne peut qu'espérer que leur lobbying portera ses fruits ! Quoi qu’il advienne, on peut être sûr qu’Arun, Pawan et Bhawana continueront à travailler assidûment au service des jeunes, et pour une société plus juste.

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